ILS ONT GARDE LA FOI :

Il était une fois….

Beaucoup d'histoires commencent comme cela; mais celle que nous allons vous raconter n'est pas une histoire, ni un conte et encore moins une légende. C'est le récit de gens ordinaires qui sont devenus extraordinaires par la foi qu'ils avaient en un Dieu tout puissant.

Tout commence par l'Edit de Nantes promulgué en 1598 par Henri IV qui autorise la pratique de la religion réformée (protestante). Mais, dès 1660, des mesures sont prises pour convertir les Cévennes au catholicisme par le moyen des dragonnades, ce sont des soldats (les dragons) que l'on installe de force chez les récalcitrants et ceux-ci doivent les loger, les nourrir et même payer leur solde. Ce sont, en quelque sorte, des missionnaires armés.

Cette pratique avait très bien fonctionné dans le Poitou et l'idée seule d'avoir ces dragons à domicile a suffi à convertir un grand nombre de cévenols.

En fait ce n'était qu'une conversion de façade car ils continuaient à pratiquer le culte en famille ou dans des lieux reculés et tenus secrets (clairières, grottes).

C'est aussi pendant ces moments difficiles pour les protestants que beaucoup partiront (300.000) en exil dans les pays du « refuge » (Suisse, Allemagne, Hollande, Angleterre); les plus pauvres, eux, sont restés et vont organiser une « Eglise de l'ombre ».

En 1685, pensant qu'il n'existait plus de protestants, Louis XIV révoque l'Edit de Nantes et on va appeler cette époque la période du Désert en souvenir du peuple juif qui s'est retrouvé dans le désert pour fuir le joug égyptien; au cours de ces cultes clandestins des pasteurs comme François Vivent, Jean Roman ou Claude Brousson vont prêcher ouvertement la révolte.

En 1702, Esprit Seiguier, Laporte (l'oncle de Roland) et Gédéon Couderc exécutent l'abbé du Chayla de 54 coups de poignard au Pont de Montvert. Cet abbé était chargé de faire appliquer la répression dans les Cévennes et c'était quelqu'un de dur et d'impitoyable et qui mettait beaucoup de zèle dans sa fonction.

Cette action fut le déclic qui déclencha la guerre des Camisards qui dura 2 ans.

La résistance des camisards est un miracle vu leur nombre (2.000 camisards tiennent tête à 25.000 soldats et mercenaires) et leur équipement; mais ils possédaient une arme secrète: un chant le psaume 68 qui est d'ailleurs devenu un chant de guerre de l'armée israélienne; les dragons du roi s'enfuyaient uniquement en entendant ce chant.

Le mot camisard a 2 significations:

La 1ere : les révoltés deviennent camisards par le port de la chemise « camise » blanche, pour se reconnaître entre eux.

La 2ème: le mot camisard viendrait de « camisado », attaque sur les chemins en embuscade

C'étaient des guérilleros qui agissaient avec la complicité de tout le pays, sauf des nobles; seul, le Baron de Selgas n'a pas renié et il a été condamné aux galères; son acte de naissance a été déchiré et son château a été rasé.

En décembre 1703, Louis XIV décide d'en finir et jusqu'en Mars 1704, 474 mas et hameaux sont incendiés; il décide de déporter les habitants des villages de moins de 100 habitants vers le Canada et L'Afrique du Sud.

Les habitants de Saumane sont restés prisonniers 2 ans à Sète, puis déportés en Afrique du Sud près du Cap au village de « Somane » où l'on parle français encore aujourd'hui. En 1705, fin de la guerre par un grand incendie des Cévennes; certains chefs furent tués comme Roland; d'autres se sont rendus et mis en prison ou condamnés aux galères; Cavalier est devenu gouverneur de Jersey et en 1710 le dernier chef camisard Abraham Mazel est tué.

Mais la répression continue et ne s'apaisera qu'en 1744 (période du second Désert). L'église réformée n'est toujours pas reconnue officiellement mais elle est bien là et en 1787, l'Edit de Tolérance met fin aux persécutions.

Ceci n'empêche pas les tensions entre catholiques et protestants, les mariages entre eux posaient de sérieux problèmes et si, en vous promenant dans les Cévennes, vous voyez des tombeaux isolés dans les champs entourés de 2 cyprès c'est parce qu'à l'époque, il était interdit aux protestants d'être enterrés dans les cimetières, d'où la tolérance d'enterrer chez eux et encore aujourd'hui cette tolérance existe. Ils ne possédaient pas non plus d'état civil; impossibilité de se marier en dehors de l'église officielle; leur registre d'état civil c'était leur bible qu'ils conservaient précieusement comme le plus grand des trésors et vous pouvez encore voir ces bibles dans des familles de cévenols.

Toute cette période est retracée avec beaucoup de détails au musée du Désert; on peut aussi visiter la fameuse Tour de Constance à Aigues Mortes; c'est une prison pour les femmes et certaines comme Marie Durant y sont restées une quarantaine d'années; le record est détenu (si l'on peut dire) par Anne Salieges qui y est entrée a 6 mois avec sa mère et qui n'a été libérée qu'à 71 ans car on l'avait oubliée.

Il faut savoir une chose c'est que pour retrouver la liberté, les prisonniers n'avaient qu'une phrase à dire, que ce soit les hommes aux galères ou les femmes dans la Tour et cette phrase était : j'abjure ma foi; mais ils ont su résister et c'est ce mot que l'on peut voir encore aujourd'hui gravé par Marie Durant sur la margelle du puits à l'intérieur de la Tour de Constance.

Pendant ces évènements de 1685 à 1702, des prophètes se sont manifestés du nourrisson au vieillard ; mais surtout des jeunes gens et des jeunes filles de condition modeste et souvent illettrés; on les a surnommés, les inspirés, les fous de Dieu ou les fanatiques. Leur message était celui-ci: amendez vous, repentez vous, renoncez à l'idolâtrie.

Le meurtre de l'abbé de Chayla va révéler une autre sorte de prophètes ; les prophètes armés qui vont combattre au nom de l'Eternel.

Un siècle de répression et d'intolérance n'a pas pu éteindre cette foi qui donne conscience d'un passé héroïque pour la défense d'une liberté et d'un héritage spirituel qui nous a été transmis et qui transparaît aujourd'hui encore dans la mentalité et dans la culture cévenole.

Mr Pierre Tommasi.

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