HISTOIRE DES CEVENNES PROTESTANTES :

Les Cévennes sont probablement la région en France où la couleur locale est la plus fortement influencée par le protestantisme, par ce que l'on peut même nommer, une « culture protestante », encore vivace aujourd'hui. Cela est dû à un héritage spécifique de prés de 5 siècles, où l'histoire d'une région a été longtemps indissociable de l'histoire de l'église.

Aujourd'hui la ville d'Anduze (à 10 km d'Ales, envi 4000 hab), compte par exemple 6 églises protestantes différentes et une seule église catholique. On peut aussi évoquer l'Assemblée du Musée du désert qui rassemble chaque année environ 20 000 personnes !

L'église cévenole a traversé beaucoup de tribulations, autant d'épreuves qui n'ont fait que renforcer sa foi. Peut-on parler d'une terre particulièrement bénie ? D'où vient cette spécificité locale ?

L'implantation :

L'arrivée de la Réforme dans le Midi de la France s'est faite assez rapidement. Débutant en Allemagne en 1517, les idées réformées (calvinistes) se répandent dans le Languedoc dés 1530. rapidement, à l'intérieur de ce royaume de France largement catholique, les Cévennes se distinguent avec 95 % de protestants ! On peut citer Théodore de Bèze : « les Cévennes, un pays rude et âpre s'il y en a en France et qui pouvait sembler des moins capables à recevoir l'évangile, pour la rudesse de l'esprit des habitants, reçurent néanmoins avec une merveilleuse ardeur la vérité de l'Evangile auxquels aussi les gentilshommes et plus grands seigneurs tellement que quasi en un instant furent dressées plusieurs églises. ».

Une expression résume bien l'arrivée de le Réforme en Cévennes : « la laine suinte l'hérésie ». Considérée bien sûr comme une hérésie (pendant tout le XVI° siècle), c'est grâce aux commerçants genevois que la Parole de Dieu s'est répandue ici, touchant toutes les classes d'une population assoiffée de la vérité.

Le désert : ses difficultés, ses victoires :

Bénéficiant partout en France de la tolérance, grâce à l'Edit de Nantes du roi Henri IV, (en 1598), l'Eglise prospère; jusqu'à ce que le petit-fils d'Henri IV, Louis XIV, modifie en quelques années le climat de paix en climat d'oppression. Il cherche à tout prix à imposer son absolutisme religieux, et donc à supprimer cette minorité protestante française : « Un seul Roi, une seule Loi, une seule Foi ».

La mesure qui met un terme aux réformés en France, va être les dragonnades, mesure très radicale. En quelques mois, il ne reste plus de protestants, la violence aura été terrible.

En 1685, Louis XIV révoque l'Edit de Nantes, c'est le glas qui sonne la victoire de « Babylone et de l'église antichrétienne » (comprenez Versailles et l'église catholique).

C'est aussi le début du Désert, terme à la fois géographique (lieu où se réunissent clandestinement ces protestants officiellement catholiques, la nuit, dans les grottes, des forêts), et qui est aussi une période historique : de 1685 à 1789, plus de 100 ans d'oppression, qui fait écho à la traversée du désert du peuple d'Israël. C'est une véritable église souterraine qui se met en place, malgré les peines terribles : exécution publique sur la roue pour les prédicants, galères à vie pour tous les hommes, emprisonnement à perpétuité pour les femmes, et enfermement dans des couvents pour les enfants, qui ne reverront jamais leur famille.

Ils sont tous reconnus comme « hors-la-loi », et les soldats surveillent particulièrement cette région des Cévennes, où parfois on surprend des assemblées de milliers de « fanatiques ».

La guerre des camisards, une guerre très localisée:

Pendant plus de 100 ans tous ces protestants du Désert vont réagir avec un respect des autorités admirables, se soumettant constamment. Mais durant 100 ans de non-violence, une poignée d'hommes vont prendre les armes en 1702 : les Camisards. Ces jeunes hommes (ils ont tous 18-25 ans), ont grandi dans une ambiguïté religieuse spéciale : publiquement toute la famille était catholique, et secrètement, on lisait la Bible, on se réunissait.

Un mouvement a précédé la guerre des camisards : le prophétisme, mouvement lui aussi strictement cévenol. Des bébés dans leur berceau citent des versets bibliques, des jeunes bergères entrent en transe et exhortent (en français!) à la repentance, des jeunes garçons marchent dans le feu, etc. L'Esprit se déverse sur cette génération de clandestins, et poussés par cette exaltation, certains vont se montrer très radicaux en prenant les armes.

Ils ne sont qu'une poignée (environ 3000), face à 40 000 soldats du Roi. La guerre va durer 2 ans, c'est la 1° guerre de maquis et ce n'est pas une guerre de religion puisque leur seul but est de retrouver la liberté de culte. Trois grands dirigent ces camisards : Castanet, Roland et Cavalier, (tous trois très jeune, assez pauvres et tous prophètes).

Finalement, en Mai 1704, la guerre se termine non par une victoire écrasante de l'armée royale contre ces 3000 paysans, mais par une ruse diplomatique due au plus grand Maréchal de France, envoyé dans les Cévennes, le Maréchal de Villars. Il fait de magnifiques promesses de paix et de tolérance à Jean Cavalier, qui ébloui, signe le traité. Tous les Camisards rendent les armes, et aucune promesse ne va être tenue.

Lassés, déçus, pourchassés, les protestants cévenols continuent alors leur traversée du Désert. Cette guerre est considérée encore aujourd'hui par tous les cévenols, comme un épisode héroïque et reste très vivace dans les mémoires, même si, au final, il n'y a eu, aucune conséquence positive de cette insurrection des « malcontents ».

La fin du Désert arrive avec la Révolution française, en 1789. un pasteur nîmois, Rabbaut Saint-Etienne, va donner la liberté de culte grâce à ces quelques mots : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses », Article 10 de la Déclaration des Droits de l'Homme. En Cévennes comme partout ailleurs en France, les protestants sont considérées comme des citoyens normaux.

Mme Elodie Otge.

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