Quand prison rime avec partage

Il n’est pas loin de 13 heures, ce jeudi 11 mars 2010, quand le top départ est donné pour une nouvelle expérience de la chorale. Un an que ce projet de chanter en milieu carcéral est dans nos têtes, nos pensées, nos prières et çà y est la porte de la prison s’est enfin ouverte !

Céline, Emilie, David, Rebecca, Denis, Marie, Flo, Greg, Séb et beaucoup encore, montent dans les voitures direction la maison d’arrêt de Tarascon, les cartes d’identité en poche. Impatients et confiants, on imagine, on se projette, on se questionne les uns et autres sur cette intervention, sur cette réalité qui dans quelques instants va prendre toute sa mesure. Nous suivons le camion technique rempli de matériels, instruments de musique, soigneusement pris en charge par notre pianiste.

Pas facile de passer du monde de la liberté à celui de la détention, comprendre et toucher du doigt, ce que signifie effectivement l’isolement et l’enfermement pendant une poignée d’heures. La liberté nous l’avons, elle vit dans chacun de nous, non pas par la proclamation des textes de lois, « tous les hommes naissent bien libres et égaux en droit », (n’est ce pas Myriam ?) ; mais parce que nous l’avons expérimenté dans la liberté du christ sauveur qui nous affranchit. Oui, c’est bien cela que nous allons chanter dans une heure et le negro spiritual « FREEDOM » va servir de chant d’introduction à ce grand moment. « Je suis libre, Je suis libre, Je suis libre, avant j’étais enchaîné condamné et enterré, mais je vais vers mon père libéré » ces paroles vont retentir de nos voix et nos instruments.

Nous y voilà, l’animatrice nous accueille devant un grand édifice de béton, dont le simple ornement est le barbelé. Tous les choristes sont attentifs aux dernières consignes de sécurité. Un portier ouvre la grande porte et fait l’appel : réminiscence de l’enfance pour certains. Chaque choriste, chaque musicien, franchit le seuil de la grande porte à l’appel de son nom et se dirige vers le contrôle d’accès. On rit, on enlève tous les objets métalliques, mais on prend tous conscience, à ce moment bien précis, de l’enjeu de notre venue dans ce lieu. Nous voilà en prison, nous traversons une à une les portes en barreau de fer, gardées par des surveillants et passons différents endroits clos, pour arriver au centre de la prison, en quartier de détention. Ici, n’y a plus aucune fenêtre, il n’y a plus de lumière extérieure, juste une salle où attendent déjà des détenus.

Un premier contact s’établit, les personnes se décontractent, des détenus viennent spontanément à la rencontre des choristes. Le matériel est installé en deux temps, trois mouvements, jamais nous n’avons été aussi rapide dans le montage du matériel. Nous sentons la présence de Dieu, il nous a précédés dans ce lieu. Le concert va commencer, Sébastien dit quelques mots sur la raison de notre venue : PARTAGER un moment spécial avec eux, et qu’à travers ce moment particulier, ils puissent être BENIS, encouragés, fortifiés même s’ils sont en prison et que la vraie liberté, c’est celle qui vit en Nous en Jésus. Pendant environ une heure et quart, nous allons chanter de tout notre cœur, jouer avec toute notre foi, proclamer l’évangile de toutes nos forces. C’était merveilleux, nous n’oublierons jamais ce moment.

Au fur à mesure des chants, les détenus prennent part aux joies gospel, écoutent, frappent des mains. Certains chantent, d’autres pleurent, Seigneur. Ils se lèvent de leurs chaises, le personnel pénitentiaire présent qui assistait aussi au concert dans cette salle participe avec eux La présence de Dieu nous envahit, le message de l’évangile, et l’amour qui en découle envahissent aussi la salle. C’est un moment de bonheur et de communion intense, une foi est partagée.

Puis à la fin du concert, les détenus se sont approchés des choristes, heureux du moment qu’ils venaient de vivre, et de réels partages authentiques ont pu avoir lieu. C’était très fort, nous avons conversé avec eux librement sur notre foi, oubliant que nous étions en prison. L’animatrice, les yeux mouillés, nous dit que c’était seulement la deuxième fois que les détenus restaient jusqu’au bout d’une animation qu’elle proposait.

Assis, sur le chemin du retour, après avoir vécu cette expérience, l’envie de renouveler cette aventure attisait toutes les conversations dans les voitures. Un seul mot : Merci Seigneur pour ce petit moment de vie d’une grande exception.

Alors c’est parti, OUI Seigneur, nous retournerons chanter en prison, « only for your GLORY ! »



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